On lance cette série de portraits avec quelqu’un qu’on connaît déjà un peu, puisque c’est lui qui a fondé SERENA. Mais on ne lui avait jamais vraiment posé les questions qu’on pose aux autres praticiens. C’est chose faite.
Comment en êtes-vous arrivé au bien-être et à l’accompagnement ?
« Je viens du coaching individuel, à travers les Ateliers Dolce Vita, que j’ai fondé après plusieurs années à explorer différentes approches, l’EFT, la naturopathie, l’hypnose, le reiki. Accompagner des gens seul à seul m’a vite montré autre chose : ils avaient besoin de se retrouver entre eux, pas seulement face à moi. SERENA est né de ce constat, un espace plus large, plus collectif.
Lors de mes formations, je suis titulaire d’un Master 2 en accompagnement au changement, j’ai très vite pris conscience de l’effet d’un groupe dans l’accompagnement au changement et la transformation. Bion, Néri, Desprairies ont longuement écrit sur ce que j’avais pourtant déjà expérimenté, ça faisait écho. Dans mes classes quand j’étais à l’Éducation Nationale, ou dans mes chœurs, j’avais déjà observé la force d’un inconscient collectif à l’œuvre. Et le rendre conscient, c’est juste… un kiff, en vrai. »
Concrètement, comment travaillez-vous ?
« Ça dépend du chapeau que je porte ce jour-là. En coaching individuel, c’est de l’écoute et des questions, beaucoup de questions, plus que des réponses toutes faites. Des questions qui bousculent, des questions qu’on n’ose pas se poser, qu’on sait qu’on devrait se poser… et bien je les pose. Y a pas de tabou, y a pas de limite. Je considère que c’est ta vie que tu as à vivre, pas le temps de faire des évitements, bim on y va. Des fois ça pique. Des fois ça pleure. Tout le temps ça avance. Je crois que c’est pour ça que quelqu’un paie : pour se voir avancer, pas pour trouver quelqu’un qui va se complaire dans son histoire. En tout cas, ils ne restent pas longtemps avec moi si c’est ça qu’ils cherchent.
Dans les Ateliers SERENA, c’est différent, on est en groupe, on expérimente ensemble, on laisse de la place au silence aussi, ce qui surprend parfois. C’est davantage de l’information que je propose, presque des exposés. Mais j’y glisse toujours des questions, des ouvertures, et c’est ça qui fait que l’inconscient collectif commence à bouger. Les questions nous renvoient des possibilités, et ces possibilités, si on les exploite, si on les formalise, c’est de l’or. D’ailleurs les adhérents adorent quand je sors le Jeu du Tao, un jeu de société, avec un dé, un sablier, et plein de questions. Combien d’entre eux ont avancé sur leurs objectifs de vie grâce à ce jeu ! »

Qu’est-ce que les gens viennent chercher, la plupart du temps ?
« De la clarté, souvent. Les gens savent rarement formuler ce qui les pèse au premier rendez-vous, et c’est très bien comme ça, ce n’est pas leur travail de l’avoir déjà fait. Certains viennent aussi simplement pour ne plus se sentir seuls avec leurs questions.
La première chose que je fais, c’est déjà de leur dire qu’ils ont eu l’audace de venir. C’est quand même une sacrée preuve de courage. Et ensuite je décline les autres étapes qui nous permettent d’avancer, je les nomme les A.C.T.I.O.N.S, parce que ça amène à l’action. L’Audace, la Clarté, on les a déjà vues, beaucoup n’en ont pas et c’est pour ça que certains se retrouvent bloqués. Vient ensuite la Ténacité. L’Intégrité, parce qu’il ne sert à rien d’avancer si tes actes et tes paroles ne se répondent plus. L’Ouverture. La Nuance. Et enfin la Sérénité. Et oui, c’est pour ce dernier point que j’ai appelé l’association Serena, ça veut dire être serein en italien. Si on ne l’avait pas compris, je parle avec les mains, je suis italien. »
Et sur le chemin de ces A.C.T.I.O.N.S, on découvre enfin différentes parties de soi, son Kritikou interne, mais aussi toute la famille mafieuse qui vit en chacun de nous. Ça révèle tellement de choses. Puis on fait aussi la distinction sur certains mots qu’on utilise, parfois un peu trop vite à la place d’autres. J’insiste par exemple sur la différence entre besoin, envie, désir et objectif, et rien que ça, ça éclaire le chemin. »
Qu’est-ce qui vous surprend encore, après toutes ces années ?
« À quel point les mêmes doutes reviennent chez des gens qui n’ont rien en commun sur le papier. L’âge, le métier, le milieu, ça compte moins qu’on ne le croit face à certaines questions humaines.
Et puis on a un énorme talent à se compliquer la vie. Je reste un peu déçu que l’école n’offre pas davantage de place au développement personnel, sûrement parce que ça flirte avec le « barré spirituel ». Moi aussi d’ailleurs j’essaie d’éviter le mot développement personnel, ça donne l’impression qu’on n’est pas encore développé, donc incomplet. Je préfère le mot harmonisation personnelle, peut-être parce que je suis musicien, et que les harmoniques font partie de mes bagages, mais surtout parce qu’il suffit parfois d’un petit déplacement pour que l’accord sonne juste. »
Une question plus personnelle : qui êtes-vous sans vos outils ?
« C’est une question que je pose souvent aux autres, alors il est normal qu’on me la retourne. Honnêtement, je ne suis pas sûr d’avoir une réponse définitive. Peut-être quelqu’un qui a besoin de comprendre, avant d’avoir besoin d’aider. Les outils sont venus après ce besoin-là, pas avant.
Je dirais peut-être que je suis un explorateur, qui envoie des cartes postales. Des situations de vie, j’en ai, comme tout le monde. Ce n’est pas pour autant qu’on en tire les bonnes conclusions, mais chez moi elles m’inspirent. Je suis imparfait, et c’est ça qui est fondamentalement beau. Je crois que j’aime l’humain, profondément. Bon, y en a certains je les aime moins, mais il faut l’entendre davantage au sens humanité. J’ai accompagné des corps en tant qu’infirmier, et j’ai peut-être alors compris que soigner, ce n’était pas guérir, mais plutôt connecter avec, et permettre l’autonomie à l’autre. »
Un mot pour quelqu’un qui hésite encore à venir ?
« Venez une fois, sans obligation de revenir. On ne juge personne sur une première visite, ni sur les suivantes d’ailleurs. »
Retrouver Salvatore à SERENA
Salvatore est le fondateur et président de SERENA. Vous le croiserez sur les Ateliers du mercredi, sur le Salon du Bien-Être en octobre, et dans Les Alchimistes, l’espace qu’il ouvre aux praticiens qui veulent, eux aussi, se poser les questions qu’ils posent d’habitude aux autres.
Un mot que vous entendrez souvent ici : la Dolce Vita
« J’aime ma vie. Je l’explore. Il y a la Vie, avec ses lois, ses règles, ses limites qu’elle nous impose. Il y a ma vie, celle que je crée en réaction à la Vie, avec mes dérapages aussi, mes habitudes, et parfois je m’entends encore en valider certaines, vous savez, les mauvaises qu’on justifie. Et puis il y a ma Dolce Vita, celle où je suis conscient de mes propres digressions, mais que je vis avec un sourire, parce qu’en en ayant conscience, déjà je les accueille, et déjà je les transforme.
La Dolce Vita, ce n’est pas la vie parfaite. C’est le fait d’être sur le chemin qui nous fait plaisir à habiter. Alors j’aime bien traîner mon autre moi vers sa Dolce Vita, chez moi elle a un goût d’Italie, de café et de Limoncello. »
On a l’habitude de lire un article, de hocher la tête, et de passer au suivant sans que rien n’en reste vraiment. Les quelques questions ci-dessous sont là pour éviter ça, pas pour vous tester, juste pour que ce portrait reste un peu avec vous après cette page.
Questions d’ancrage
Et vous, quelle est la question qu’on ne vous a encore jamais posée, et que vous redoutez un peu ?
Que signifie le « I » du sigle A.C.T.I.O.N.S ?
a) Intuition
b) Intégrité
c) Introspection
d) Initiative
Quel métier Salvatore a-t-il exercé avant de devenir coach ?
a) Professeur de musique
b) Infirmier
c) Kinésithérapeute
d) Éducateur sportif
Réponses
1. b) Intégrité. Elle assemble les actes, les paroles et les valeurs, sans elle la vie devient, selon ses mots, « un meuble en kit qui se désassemble au premier choc ».
2. b) Infirmier. C’est cette expérience qui l’a amené à distinguer soigner de guérir, et à privilégier l’idée de connexion et d’autonomie.

